13.3.06

Un vendredi à la Sorbonne, fragments.

- 7h00 : Nous sommes encore une cinquantaine dans la Sorbonne, fatigués, attendant une relève. Beaucoup des étudiants ayant participé à la manifestation autour du bâtiment, dispersée jeudi soir par la police, attendent sur la place de la Sorbonne l'ouverture des portes pour participer à l'AG prévue à midi. Nous négocions avec le recteur M. Quénet.

- 10h30 : Après vote, nous acceptons sa proposition: enlever les barricades formées dans la Sorbonne en échange de sa couverture aux étudiants. Notre part du contrat remplie, nous discutons avec les personnels administratifs présents et recevons la visite de quelques-uns de nos professeurs.

- 12h00 : Toujours sans réponse du recteur, nous apprenons par téléphone que l'AG se tiendra finalement au Panthéon. Nous y envoyons une délégation.

- 12h30 : Le recteur réapparaît parmi les agents de sécurité, nous invitons le journaliste de M6 qui nous interviewait à lui demander directement sa décision quant à l'ouverture des portes. M.Quénet quitte les lieux sans un mot.

- 14h30: Nous apprenons que l'AG a voté le maintien de l'occupation et que de nouvelles manifestations ont lieu dans le Quartier Latin.

- 17h00 : Alors que nous organisons des groupes de travail pour le weekend (réfléxion sur une proposition alternative à la loi sur l'égalité des chances), les agents de sécurité, inquiets, nous informent qu'ils évaquent le bâtiment en raison d'une alerte à la bombe. Après une vérification de tous les sacs, nous décidons de ne pas quitter les lieux et nous rassemblons dans la cour d'honneur.

-17h20 : L'alerte a été démentie, mais nous voyons les agents de sécurité se déployer rapidement. Nous ne comprenons pas ce qui se passe. Quelques minutes plus tard, un flux continu d'étudiants se précipite vers la Cours d'Honneur. Nous sommes à présent plusieurs centaines.

- Une AG se met difficilement en place tandis qu'une barricade est construite spontanément nous séparant des agents de sécurité avec qui nous entretenions de bons rapports. L'un d'entre eux nous fait comprendre qu'ils ne peuvent plus assurer la sécurité du lieu qui se retrouve désormais sous la seule responsabilité de la police.

- Progressivement, une certaine organisation prend forme dans l'AG. Sont successivement votés: la souveraineté de l'AG, la résistance pacifique en cas d'intervention des forces d'ordre et l'occupation des lieux jusqu'au retrait du CPE et l'ouverture totale de la Sorbonne aux étudiants.

- La succession de rumeurs alarmistes sur la présence de "casseurs" et de "fascistes" dans la Sorbonne ainsi que sur l'arrivée imminente des forces d'ordre entraîne un débat chaotique sur les modalités d'occupation. Certains appellent à la création d'un service d'ordre qui se met en place dans la précipitation, sans concertation ni débat.

- Massivement entouré de journalistes, M.Mélenchon, sénateur socialiste, fait irruption dans l'amphitéâtre à la surprise générale, mettant fin aux discussions engagées: une foule hétérogène s'agglutine autour de la tribune que M.Mélenchon essaye d'investir. Certains le bousculent, d'autres le protègent, beaucoup appellent au calme et proposent de le laisser s'exprimer ou de voter sur cette éventualité. Finalement, le sénateur décide de partir et les risques de récupération du mouvement sont évoqués sans qu'un débat puisse être instauré. Cette auto-invitation a semé la discorde, créant un climat de tension et compromettant l'organisation de la suite de l'occupation.

- A partir de ce moment, il devient impossible de donner un récit cohérent car il n'y a plus un évènement qui rassemble la majorité mais une multitude de petits groupes qui circulent et s'occupent chacun à leur manière: jeux de cartes dans les couloirs, ouverture de distributeurs, discussions et piano dans l'amphitéâtre Richelieu, groupes de travail sur les textes dans les salles de TD, inscriptions à la craie sur les murs, promenades nocturnes dans la Sorbonne, tracts de l'UNI brûlés dans la Cour d'Honneur...ici un appel est lancé à monter dans la bibliothèque des étages supérieurs afin d'empêcher le jet de matériel par les fenêtres.

- Dans cette bibliothèque, tandis que certains jettent échelles, tables, extincteurs sur les forces de l'ordre postées en contrebas d'autres restent plongés dans leur lecture. Au milieu, des affrontements ont lieu entre ceux qui jettent des projectiles sur la police et ceux venus pour empêcher la dégradation de la bibliothèque et en particulier de ses livres. Ceux-ci seront ensuite protégés par les occupants.

- Pendant ce temps, quelques étudiants discutent du CPE dans l'apprtement du recteur en buvant ses bonnes bouteilles. Ils ne manqueront pas de lui laisser un mot de remerciement.

Quelques occupants de la Sorbonne, le 12 mars 2006

1 commentaire:

p.canha a dit…

este fim de semana os jornais aqui em portugal pouca atenção deram ao que ai se passava. minizam e redicularizam os acontecimentos tentando fazer contagens de alunos em greve e comparam (estupidamente) ao Maio de 68. Graças a Deus temos o nosso enviado especial (EDU Rolo). Obrigado